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Avez-vous déjà entendu parler du concept des « neuf nations d’Amérique du Nord »?

Les 9 nations d'Amérique selon Garreau

Les 9 nations d’Amérique selon Garreau

Il s’agit d’une thèse cogitée dans les années soixante-dix et publiée en 1981 par l’américain Joel Garreau dans laquelle il redéfinit les frontières du continent nord-américain en neuf entités distinctes et délimitées selon des particularités culturelles ou idéologiques plutôt que par des lignes arbitraires ou basées sur la topographie (The nine nations of North America). Bien qu’elle puisse paraître farfelue à première vue, cette thèse est intéressante au niveau du régionalisme, mais elle démontre également l’immense absurdité des frontières tracées par les empires. Joel Garreau dit ceci:

… « Considérez plutôt la façon dont l’Amérique du Nord fonctionne réellement. Vous découvrirez neuf nations, chacune ayant sa capitale et ses réseaux distincts de pouvoir et d’influence. Chacune a une économie qui lui est propre; chacune suscite un certain sentiment d’appartenance de la part de ses membres. Ces nations se distinguent les unes des autres par leur manière de sentir aussi bien que par leur résonance profonde et l’image qu’elles projettent. Chose plus importante encore, chaque nation a son prisme à travers lequel se forme sa vision du monde.»

 

En gros, ça va comme suit :

– Le Québec. Devrait-on inclure l’Acadie?

– Nouvelle-Angleterre. Des banlieues nord de New-York jusque dans les Maritimes.

– La fonderie. Du New-Jersey à Chicago et des Grands Lacs à Philadelphie, ancien berceau industriel des États-Unis.

– Dixie, ou « Bible belt ». Le vieux sud, le pays des Red-Neck.

– Les Îles. La pointe sud de la Floride, les Antilles et l’Amérique Central. Latinos!

– Mexamerica. Le sud de la Californie et les États frontalières du Mexique. Latinos!

– Le grenier à céréale. Les grandes plaines centrales, les ranchs et les grandes terres agricoles, du Texas à la Saskatchewan.

– Ecotopia, ou Cascadia. Du nord de la Californie en longeant la côte Pacifique jusqu’en Alaska.

– Zone vide. Pétrole, pétrole et pétrole, l’Arctique. (Je crois que l’Arctique pourrait être séparé de ça).

À part le Québec, la zone la mieux définie est selon moi celle de la côte ouest, car il est bien évident que Vancouver partage plus de similitudes et engendre plus d’échanges avec Seattle qu’avec Halifax, cette région est d’ailleurs bien avancé dans son régionalisme de par sa situation géographique nord-sud et entre mer et montagnes. Garreau la surnomme « Ecotopia », pour ses valeurs humaines et environnementales, mais on la connaît plutôt aujourd’hui sous le nom de « Cascadia », elle compte environ 15 millions d’habitants. Ils ont même un projet d’équipe nationale de soccer, c’est dire qu’ils sont plus avancés que le Québec sur certains points…

Drapeau cascadien

Drapeau cascadien

 

Le Québec

Le village d’Astérix au nord de l’Amérique est l’entité la plus confirmée dans la thèse de Garreau, à cause de sa langue et de son petit côté à l’européenne. Voici ce qu’il a à dire sur le Québec dans son ouvrage :

« Le Québec est la plus improbable, mais néanmoins la plus incontestable des neuf nations d’Amérique. » … « Quels sont les peuples qui survivront à troisième guerre mondiale? Les Chinois, parce qu’ils sont si nombreux, et les Québécois parce que s’ils ont survécu aux derniers quatre siècles, ils peuvent survivre à n’importe quoi. » … « C’est un lieu où les gens sentent qu’ils forment une nation. Pour ce qui est de la cuisine, de la musique, des valeurs, de l’éducation, des façons de penser, de la politique, les Québécois, conformément à leur grand slogan, Maîtres chez nous, sont en passe de devenirs maîtres de leur propre maison. » … « Il est clair comme un consommé pour les Québécois qu’ils sont différents du Canada et bien entendu des États-Unis et de la France. »

Bon, ça sonne un peu folklorique, mais c’a été écrit en 1981 par un américain pas trop spécialiste du Québec, reste que sur le fond il a raison.

Bref, je trouve qu’en général c’est quand même intéressant de voir l’Amérique sous un angle plus régionale, car cette réalité n’est pas souvent prise en compte au niveau décisionnel et politique. Et il ne faut surtout pas oublier que tout ça n’est pas immuable, bien au contraire, le tout évolue en fonction des flux migratoires et de la spécialisation des régions. Je pense qu’il faut tranquillement abandonner le concept de frontière et évoluer vers une ouverture des espaces et une intégration des réseaux, tout en conservant et en partageant nos particularités régionales, s’épanouir quoi… Vous en pensez quoi?

Parlant de stupidité des frontières; l’Afrique (dans un prochain billet).

 

Marcantoine

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