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Si vous avez voyagé au Québec dernièrement, vous aurez peut-être constaté que les micro-brasseries sont de plus en plus nombreuses dans les villes et régions de la province. Sinon, une simple visite dans une épicerie ou un dépanneur suffira pour vous convaincre que les bières produites par les brasseries artisanales sont de plus en plus populaires et faciles à se procurer. C’est que nous assistons présentement à une véritable révolution dans le monde de la bière au Québec, c’est-à-dire que les consommateurs valorisent de plus en plus les brasseurs locaux aux dépens des grandes brasseries multinationales, au plus grand plaisir des communautés locales. Ce phénomène relativement récent se libéralise rapidement, tant en région qu’en ville, et il implique toute une série de pratiques et de méthodes liées au développement durable, à l’agriculture biologique, à la consommation locale et au tourisme.

La bière

La bière est vraisemblablement une des premières boissons alcoolisées produites par l’être humain. Son apparition remonterait aussi loin qu’au néolithique, soit à la même époque que les débuts de l’agriculture. Produite à partir de céréales qui fermentent dans l’eau, elle a probablement été découverte par erreur, puis la bière a accompagné la plupart des sociétés tout au long de l’histoire de par sa facilité de fabrication, ainsi que pour ses effets euphorisants. Si le vin fut considéré comme une boisson divine et principalement consommée par les riches, la bière fut plutôt la boisson du peuple, car plus accessible et moins cher à produire. La bière est aujourd’hui la boisson alcoolisée la plus consommée dans le Monde.

De la Nouvelle-France à aujourd’hui

C’est Louis Prud’homme, qui en 1642 est considéré comme le premier brasseur professionnel en Nouvelle-France, bien qu’il fût précédé par d’autres dans la fabrication de bière artisanale aux recettes approximatives. Que ce soit les Jésuites dans leur bar de Sillery, ou bien Louis Hébert, grâce à son matériel d’Apothicaire, tous produisaient de la bière à l’aide d’eau et d’ingrédients locaux, soit du levain, des épices ou de la racine d’épinette (eh oui, la bière d’épinette a déjà été une vraie bière). Un peu plus tard, en 1668, l’intendant Jean-Talon fonde la première brasserie à vocation commerciale dans la ville de Québec; malgré de grandes ambitions, celle-ci fermera ses portes une dizaine d’années plus tard. On attribue à la concurrence des cidres, vins et autres boissons alcoolisées importées d’Europe, le faible engouement de la population de la Nouvelle-France envers les brasseries locales.

Il faut attendre l’arrivée des Anglais et le début de l’industrialisation pour voir l’apparition de véritables brasseries commerciales. En effet, la brasserie la plus connue est sans aucun doute celle fondée en 1785, à Montréal, par le Britannique John Molson. Cette brasserie est devenue au fil du temps une icône majeur dans le paysage montréalais par son imposant bâtiment situé au Pied-du-Courant, mais aussi par son implication dans divers domaines, notamment dans le hockey. La brasserie Molson-Coors (les deux entreprises fusionnent en 2005) est aujourd’hui un des plus grands brasseurs et distributeurs de bière au Monde.

Le paysage brassicole québécois a donc été pendant longtemps monopolisé par essentiellement trois grandes brasseries industrielles, soit Molson, O’Keefe et Labatt. Ces trois brasseries contrôlaient jusqu’à la fin des années 1970, pas moins de 99,9 pour cent du marché de la bière au Québec. Par contre, à partir des années 1980, des brasseries artisanales ont vu le jour dans la province, celles-ci ont la particularité d’être proches de la communauté dans laquelle elles évoluent, mais aussi de présenter des produits plus raffinés, c’est-à-dire que les micro-brasseries annoncent en quelque sorte le retour du « gout véritable », en opposition au gout standardisé et fade que proposent les grandes brasseries.

Micro-brasserie contemporaine

Au Québec, l’apparition récente d’une multitude de micro-brasseries s’inscrit dans un contexte de valorisation des produits issus du terroir. C’est ainsi que depuis la fondation en 1982 de la première micro-brasserie moderne, soit la brasserie Massawippi de North-Hatley (Unibroue depuis 1990), le Québec en compte trente ans plus tard, quatre-vingt-quatre dispersée à travers la quasi-totalité des régions administratives de la province. Ce phénomène est lié à une volonté de la part des citoyens, que ce soit au niveau d’une région éloignée ou bien d’un quartier urbain, de se réapproprier la production des produits qu’ils consomment. En ce sens, les micro-brasseries jouent un rôle important dans le développement économique et culturel du milieu où elles prennent place, jusqu’à faire apparaitre un puissant sentiment d’appartenance des populations locales envers ceux-ci.

Selon les statistiques du Ministère du Développement économique, de l’innovation et de l’exportation (MDEIE), la part de marché des micro-brasseries québécoises se chiffrait, en 2010, à 6,7 % du marché de la bière. La part de marché des micro-brasseries est en constante évolution depuis les années 1980, mais elle est également en compétition avec l’augmentation de la popularité pour les bières importées. D’ailleurs, les grandes brasseries telles que sont Molson-Coors et Labatt, ont signifié leur volonté de contrer cette perte de terrain au profit des micro-brasseries en se portant acquéreur de moyennes brasseries qui sont déjà bien établies. En ce sens, la brasserie ontarienne Rickard’s a été racheté dernièrement par Molson-Coors, justement pour permettre à l’entreprise de réponde à ce créneau spécifique du marché. Malheureusement pour eux, l’amateur de bière est généralement un consommateur averti lorsque vient le temps d’acheter de la bière, il n’est donc pas évident de le berner.

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Consommation locale

La consommation locale, c’est d’abord un acte écologique, car cette pratique permet de consommer des produits plus frais ou de saison et dont les processus de transformations auront été réduits au minimum, en plus de réduire l’impact d’un transport sur de longues distances. De plus, les « locavores » permettent une continuité des pratiques et des savoirs inhérents aux habitants d’une région. Ce phénomène est observable dans presque toutes les sphères économiques qui concernent les produits alimentaires et cela s’inscrit dans un contexte social qui prône de plus en plus une consommation avertie de produits frais et locaux. Bref, il s’agit bel et bien d’une pratique cohérente qui va dans le sens d’un développement durable.

Les brasseurs artisanaux québécois l’ont bien compris, en s’assurant d’offrir des produits concoctés dans la plus pure tradition brassicole, utilisant les ingrédients qui les entourent, contribuant ainsi à l’essor des terroirs régionaux. L’eau constitue l’ingrédient principal dans la fabrication de la bière, le Québec est donc choyé puisque l’eau y est abondante sur le territoire. Par contre, lorsque vient le temps de se procurer du houblon, de l’orge ou du malt, les brasseurs doivent chercher un producteur dans leur région pour s’approvisionner. Toutefois, si une recette de bière implique l’utilisation d’une céréale aromatisée spécifique, par exemple un malt au Whisky, le brasseur devra se tourner vers l’Europe pour s’en procurer. Cependant, les brasseurs et les agriculteurs travaillent ensemble pour développer des collaborations à long terme qui permettraient de produire ces céréales rares ici même.

Dans sa communauté…

Pour être totalement imbriquée dans sa communauté, la micro-brasserie doit s’imprégner d’une identité régionale forte. Cette identité repose sur un sentiment et une culture régionale que l’on veut partager, soit un ensemble de connaissances et de compétences relatives à la région : spécialités culinaires, monuments, légendes, histoire, patrimoine naturel, etc. La brasserie se doit donc d’intégrer ces symboles dans la confection et la présentation de ses produits, mais aussi dans son image de marque. Le nom que l’on donne a une bière, son étiquette, les ingrédients qui la constituent, ainsi que l’ambiance dans laquelle elle est servie au client sont d’une importance capitale pour forger l’identité communautaire de la brasserie. Il ne faut surtout pas avoir peur de valoriser les caractéristiques régionales, voire même de favoriser un « exhibitionnisme régional ».

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Et maintenant…

Les vingt dernières années furent particulièrement intéressantes pour les amateurs de bière québécois, même si cela ne fait pas vraiment l’affaire des grandes brasseries industrielles, le phénomène des micro-brasseries aura eu pour effet de stimuler le marché de la bière et ainsi obliger les acteurs à peaufiner leurs produits et leur approche client. En favorisant les initiatives locales de développement régional, nous contribuons à valoriser les produits du terroir et nous assurerons une pérennité aux communautés locales et une autonomisation de leurs économies vis-à-vis des grands centres urbains. Donc, la valorisation du terroir et la promotion de la solidarité régionale, en évitant la folklorisation de la communauté, proposent des alternatives intéressantes à la mondialisation et la centralisation des économies. En ce sens, la micro-brasserie joue un rôle important dans la réalisation de cet idéal régional.

On s’en boit une? Quelle est votre micro-brasserie préférée?

Liste des micro-brasseries québécoises ici.

Répertoire des bière québécoise ici.

Marcantoine

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