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Photo: Marcantoine

(Témoignage de Rodrigue Michaud, nom fictif)

Il y a deux jours, alors qu’on regardait tranquillement une partie de l’Impact dans un « Broue pub quelconque », Marc-Antoine (nom fictif) m’a demandé pourquoi je n’écrivais pas un petit quelque chose pour le café des géographes. Ma réponse a été que je suis plutôt ordinaire dans le maniement de la plume et que je n’ai de toute façon pas grand-chose d’intéressant à dire. Mais voilà qu’aujourd’hui je rédige ce que vous lisez. Qu’est-ce qui s’est passé en 48 heures pour me faire changer d’idée? Je me suis assis dans une cafétéria… Je vais vous expliquer, mais avant, je vais devoir expliquer ma réflexion des dernières semaines.

Il y a quelques semaines, notre association étudiante a tenu un vote pour adhérer à la CLASSE. J’ai voté contre. Non pas parce que je suis pour la hausse des frais de scolarité, parce que sérieusement, c’est une idée de cave selon moi, mais parce que je ne comprenais pas l’intérêt d’être membre d’un organisme qui a été exclu des négociations avec le gouvernement en 2005. C’était aussi surtout parce que j’avais encore l’impression que la grève pouvait être évitée. Je regrette ce vote aujourd’hui. Non seulement la grève était inévitable, elle était essentielle.

Heureusement que j’ai voté pour la grève quelques semaines plus tard, sinon ce que je regretterais, c’est de ne pas avoir adhéré à un mouvement social important. Mais bon, je n’écris pas pour parler de moi, ce serait aussi inutile que d’espérer de la compassion de Jean Charest…

Nous avons tous vu ce qui s’est passé au cours des dernières semaines. Les étudiants font des demandes, offrent des solutions potentielles pour régler le problème de sous financement qui sert de justificatif à la hausse du gouvernement. Le gouvernement ignore tout ça. Les étudiants manifestent pacifiquement, souvent, font preuve de créativité. Ils sont en grand nombre, accompagnés de parents, professeurs, travailleurs. Le gouvernement ignore tout ça. Les justifications de leurs revendications sont publiées sur internet, dans les journaux, on en parle à la télé, à la radio. Elles sont analysées et appuyées par des professeurs, des scientifiques, des chroniqueurs, des experts de toutes sortes. Le gouvernement ignore tout ça. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me frustre.

Mais le fait d’être ignoré par le gouvernement n’est pas la pire chose qui est arrivée à ce mouvement étudiant, ce n’est pas la pire chose qui soit arrivée pour notre société. Ce qui est le pire, c’est la judiciarisation du conflit. Qu’un de nos gouvernements ignore une partie de la population pour satisfaire son électorat, ce n’est malheureusement rien de nouveau. Que des personnes traversent un piquet de grève non plus, que ce soit lors d’un conflit de travail ou d’une grève politique comme celle que nous vivons. Par contre, il est moins courant que des égoïstes puissent profiter de leurs ressources pour obtenir, auprès de juges pas toujours clean, une bénédiction pour franchir ces piquets. Ça, le gouvernement ne l’ignore pas. Que des institutions devant servir la population se servent de ces mêmes tribunaux pour obtenir des décisions similaires en espérant tuer un mouvement qui ne les avantage pas, ce n’est pas courant non plus au Québec (bien que ça commence à l’être!). Toutes ces magouilles, le gouvernement ne les ignore pas. Bin nous non plus câlisse.

Hier matin, moins de douze petites heures après avoir dit que je n’écrirais pas sur ce blogue, j’ai pris l’autobus en direction de Gatineau. Suite à la diffusion d’une vidéo montrant un groupe d’étudiants, de professeurs et d’autres alliés du mouvement se faire cerner par des policiers lors d’une manifestation pacifique, un groupe a eu l’idée d’aller les supporter là-bas dans leur lutte pour montrer à quel point nous apprécions leur effort. J’ai aimé l’idée et j’ai participé. Ils nous ont accueillis en héros. Des étudiants qui se sont barricadés dans leur institution pour faire respecter une décision prise démocratiquement nous ont accueillis en sauveurs. Des professeurs qui ont bravé les policiers en formant une chaîne humaine pour protéger ces étudiants nous ont accueillis en héros. Des gens qui se battent pour la justice nous ont accueillis en héros parce que nous les avons simplement appuyés. Il y a quelque chose qui n’est pas normal là-dedans…

Nous avons pu goûter à leur vie des derniers jours pendant quelques jours. Je n’en parlerai pas trop parce que beaucoup l’ont déjà fait. Par contre, je veux dire que j’ai vu à Gatineau quelques-uns des gens les plus courageux et les plus pacifiques que j’ai pu côtoyer dans ma vie. Oui, il y a eu des débordements, mais ils n’ont jamais été assez importants pour justifier le matraquage SUR LE CRÂNE de deux étudiants. Ils n’ont jamais été assez importants pour justifier l’arrestation de 150 personnes. Ils ont de toute façon été causés par des fauteurs de merde qui ont fui les lieux. Le seul « crime » qu’on peut reprocher à tous ceux qui étaient là, c’est celui de refuser un monde injuste. Ça et d’avoir trouvé une porte ouverte et de s’être assis pour discuter dans une cafétéria. Faut croire qu’on n’est pas les seuls, des arrestations d’étudiants et de partisans de la cause ont eu lieu un peu partout au Québec hier dans des circonstances similaires.

Donc, c’est dans cette cafétéria que j’ai pris la décision d’écrire ces lignes. Parce que comme toutes ces personnes, j’en ai marre et que je veux le crier. On en a marre des magouilles. On en a marre des inégalités. On en a marre de voir les plus faibles se faire taper dessus et devoir dire merci. On n’a pas fini.

Ce n’est pas une arrestation qui va nous faire plier! Grève générale illimitée!

Je devais finir avec ça, mais la police de Montréal a reçu l’ordre de protéger les gros bonnets réunis au lunch de John James Charest ce midi. La colère a monté. La violence aussi. Et Johny Boy a décidé de faire des jokes pendant que des humains se tapaient dessus à cause de ses idées. J’ai donc décidé de finir mon texte avec une suggestion pour le premier sinistre : va donc chier.

L’auteur étudie en géographie environnementale à l’Université de Montréal.


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