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Noam Chomsky est un éminent philosophe et linguiste américain, il travaille au Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston depuis 1955. Il est âgé de 83 ans, ce qui ne l’empêche pas d’être très actif par ses écrits et ses conférences partout à travers le monde. Il est largement critiqué par la droite américaine, car il a le défaut de considérer l’être humain comme étant plus important que l’économie de marché. Il a écrit plusieurs textes sur l’éducation depuis les années 1960, ces textes se retrouvent réunis dans un livre paru en 2010, Réflexions sur l’université, j’en étale ici les grandes lignes d’après un compte rendu réalisé par Corinne Delmas. En espérant que cela contribue au débat actuel sur la dérive de la société québécoise.

« Cet ouvrage réunit les textes majeurs que Noam Chomsky a consacrés à l’université depuis 1969. Il s’interroge sur les conditions de réalisation de l’idéal émancipateur de l’éducation, à un moment où les politiques assignent l’université à remplir une fonction économique d’accumulation de capital humain et de subordination aux intérêts industriels. Tout à l’opposé d’une logique de professionnalisation souvent vouée à l’obsolescence au moment même où elle est formulée, l’université devrait offrir un lieu où peut exister l’intellectuel libre, le critique social ainsi que la réflexion irrévérencieuse et radicale dont nous avons si désespérément besoin pour échapper à la lugubre réalité qui menace de nous submerger ».

« À rebours de l’élitisme et de l’esprit de compétition, l’université doit s’ouvrir à tous, à toutes les étapes de la vie, et surmonter la tentation de se conformer sans réflexion à l’idéologie du moment et aux modèles existants de pouvoir et de privilège. Sa conception réaliste de la nature humaine, mettant l’accent sur la libre action créatrice en tant qu’essence de cette nature poursuit la réflexion de Wilhelm Von Humboldt (1767-1835). Chomsky dénonce l’approche actuelle de l’éducation qui met l’accent sur des valeurs telles que la ponctualité et l’obéissance, qui convient parfaitement pour former des travailleurs d’usine en tant qu’outils de production. Chomsky s’attaque à quelques idées dramatiquement fausses, notamment que l’université n’est là que pour fournir de la main-d’œuvre aux entreprises, que l’université (et la société) ne permet l’accomplissement d’aucuns travail valable ou signifiant, ou que l’université sert simplement à exercer des pressions et à “aiguiller” l’étudiant vers un style de vie et une idéologie socialement acceptée ».

« Chomsky s’intéresse aussi à la propagande médiatique, ou comment les principaux médias contribuent à fabriquer du consentement, c’est-à-dire à conserver l’ordre établi et favoriser l’adhésion des gouvernés aux gouvernants, en maintenant la présentation des enjeux et le débat public dans un cadre idéologique édifié sur des présupposés jamais questionnés ».

« L’activisme des années 1960, terrifiant pour l’ensemble des élites, déclenche en effet une offensive libérale visant à faire intervenir l’État pour imposer plus de discipline, à restaurer les universités dans leur fonction d’institutions vouées à l’endoctrinement de la jeunesse, de fabrique du consentement, notamment par une forte hausse des frais de scolarité permettant de piéger les gens. Si vous allez à l’université, vous devez contracter une dette importante, vous serez donc docile ».

« Centré sur les États-Unis, il en dépasse les particularismes pour poser des questions essentielles dans une démocratie à l’heure néolibérale, par exemple : comment les fonds publics devraient-ils être dépensés? Comment les ressources publiques devraient-elles être utilisées pour poser les bases de l’économie et de la culture du futur? Les résultats qui sont obtenus à partir de fonds publics devraient-ils être automatiquement cédés à des pouvoirs privés qui n’ont de compte à rendre à personne? Qui devrait décider en la matière? Cela devrait-il être un sujet de débat public? La population devrait-elle pouvoir décider? Soulignant l’importance d’une recherche désintéressée et de la mise en débat démocratique, cet ouvrage se conclut sur une note positive, à savoir le constat d’un essor de l’activisme et des mouvements de solidarité. Aujourd’hui, il est une contribution importante face au défi intellectuel, mais aussi politique que constituent les formes passées et contemporaines d’assujettissements ».

Le livre en question: Noam Chomsky, Réflexions sur l’université. Suivies d’un entretien inédit, Raisons d’agir, 2010, 170 p., EAN : 9782912107572.

Corinne Delmas est politiste et sociologue, Maître de conférences à l’Université Lille 2 (FSSEP) et membre du CERAPS (Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales, UMR 8026 CNRS)

Marcantoine

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