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Je vous écris en tant qu’honnête citoyen du Québec, mais aussi en tant qu’étudiant en grève sur le point de terminer ses études en géographie humaine. En tant que géographe, je me considère comme relativement bien informé par rapport aux grands enjeux de société (disons un peu plus que la moyenne), tant locaux qu’internationaux. Je vous écris aujourd’hui ce court message pour tenter de vous faire voir plus large que le cadre de votre grosse télévision.

À qui je m’adresse? Si le chapeau vous fait, mettez-le. Je m’adresse aux banlieusards somnambules, aux automobilistes agressifs, aux baby-boomers qui votent Libéral par habitude, à ceux qui passent quatre heures par jour devant leurs télévisions, à l’auditoire de Star Académie, à ceux pour qui TVA et le Journal de Montréal constituent une source fiable d’information, à ceux qui pensent que prier réglera leurs problèmes, à ceux qui lisent l’horoscope, à ceux qui ont oublié leurs rêves de jeunesse, à ceux qui haïssent moins Jean Charest que Scott Gomez, à ceux pour qui voyager signifie de passer une semaine à Varadero, à ceux qui attendent leur retraite pour commencer à vivre, à ceux pour qui l’achat d’un polo Lacoste en rabais constitue un bon achat, à ceux qui pensent que les banques travaillent pour leurs intérêts, à ceux qui croient que les immigrants volent nos jobs, à ceux qui arrosent leurs stationnements, aux propriétaires de VUS, à ceux qui n’ont jamais entendu parler de Spinoza, aux conservateurs, aux pro-vies, aux homophobes,  à ceux qui préfèrent passer un samedi ensoleillé au Carrefour Laval plutôt qu’au Festival de jazz, à ceux qui sortent au Fuzzy, à ceux qui trouvent que le quartier Dix 30 est une merveille d’urbanisme, à ceux qui ne lisent rien, à Staline Beauchamp, à Mario Dumont, aux auditeurs des radios poubelles, à toi, à moi, à lui, à nous, Québécois et Québécoises. Voilà ce qu’est la classe moyenne, cette triste civilisation obnubilée par l’illusion du bonheur, noyé dans la piscine olympique de la consommation. C’est exactement comme ça que les gouvernements veulent vous voir, désinformés, déséduqués, malléables et dociles, ils vous donnent l’impression d’être dans une véritable démocratie alors qu’on s’en éloigne un peu plus chaque jour. Il faut se l’avouer, nous sommes globalement cons.

C’est ça que les 200 000 citoyens québécois qui sont descendus dans les rues de Montréal en ce 22 mars 2012 veulent dénoncer, c’est beaucoup plus grand que la hausse des frais de scolarités. Les idéaux politiques de ce gouvernement néolibéral (qui en passant est sous enquêtes pour corruption), tendent vers la privatisation massive des institutions, vers les cadeaux aux multinationales de nos ressources naturelles, vers une éducation qui forme de bons petits employés pour les entreprises plutôt que des citoyens instruits par le partage des connaissances. Un gouvernement qui préfère se comparer au reste du Canada et aux USA, plutôt qu’aux meilleurs (Pays Scandinaves). Moi je vous dis faites confiance aux étudiants, ils sont mieux informés que vous, ils sont créatifs et ils ont la volonté de changer les choses, ils les ont encore, eux, leurs rêves de jeunesse, tsé ceux qui étaient les vôtres avant que vous ne soyez assimilés par l’illusion du bonheur. Ne vous fiez pas aux économistes et autres financiers, ils sont trop réalistes et préfèrent l’immobilisme pour protéger leurs intérêts fiduciaires. Ouvrez vos horizons, consommez de la culture, ayez une pensée critique, pensez plus loin que le bout de votre nez, remettez-vous (et la société) en question, soyez humanistes. Bref, il faut évoluer… ensemble.

« Je pense donc je nuis » – vu sur une pancarte.

« Il y a des pays où l’État paie l’étudiant et lui dit merci. » – Félix Leclerc

Marcantoine

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