Élections municipales 2013 – L’euphorie est à son comble!

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En temps normal, je m’intéresse aux élections. Je sais, je suis d’une race à part. Qu’elles soient fédérales, provinciales ou municipales. Bon, j’avoue que côté Commission scolaire, je ne suis pas encore rendue là. Tout de même, la campagne pour les élections municipales que nous connaissons présentement possédait absolument tout (ou toujours un peu plus qu’à l’habitude, admettons!) pour rendre la population intéressée et désireuse d’y participer. Controverses, scandales et démissions à répétition, les médias s’en régalaient à cœur joie! Mais, non. Encore une fois, je ne sais pas trop de quelle façon, ils ont réussit à rendre ce processus démocratique sans aucun intérêt, moi qui avais tout de même beaucoup de volonté. Les candidats de la mairie de Montréal prônent tous le changement. Bah oui, c’est facile à dire, ça paraît bien et c’est assez courant dans tous les Partis politiques, à n’importe quel palier. Pourtant, j’étais contente de voir des visages plus ou moins connus. Je me disais que le débat pourrait virer à autre chose. Finalement, au fil du temps, on se rend bien compte qu’ils ont tous eu quelque chose à voir avec ce que l’on connaît déjà.

Je ne sais pas pourquoi… un espèce de goût amère me reste longtemps en bouche lorsque je les entend parler. J’ai même remis en question mon vote. Moi! Moi qui a achalé bon nombre de personnes pour qu’elles s’assurent que leur nom soit bel et bien sur la liste électorale… Je me disais que la destination de mon vote n’allait pas changer grand chose au bout du compte, et maintenant, lorsque j’aperçois une pancarte électorale, je ne vois que de la pollution visuelle.

C’est alors qu’un miracle intellectuel de persévérance est arrivé et que j’ai décidé de connaître les « autres » candidats.  Bah oui, pourquoi devrait-on débattre des idées de seulement 4 candidats. Vous saviez qu’il y en a 12 d’enregistrés? Bien oui, 12! Qui a décidé qu’un de ces quatre devait être absolument notre maire? Ceux qui ont le financement nécessaire afin d’assurer leur grande médiatisation, peut-être? C’est-à-dire les mêmes vieux mouvements politiques que nous connaissons!  Ne vous fâchés pas, ce ne sont que de simples suppositions… Bah voyons!  Parler de ces quatre sans arrêt laisse croire à la population qu’il n’y en a pas d’autres ou qu’ils n’en sont pas dignes d’intérêt et que, au final, cela assure leur nomination délaissant l’équité, c’est-à-dire la même chance à tous les coureurs inscrits.

Alors, je me disais que je pourrais bien tenter de faire connaître ce groupe de 12 candidats à la mairie. Ceux-ci sont, selon Élection Montréal :

  • BERGERON, Richard Projet Montréal – Équipe Bergeron
  • BLAIS, Claude Indépendant
  • BRÛLÉ, Michel Intégrité Montréal
  • CODERRE, Denis Équipe Denis Coderre pour Montréal
  • CÔTÉ, Marcel Coalition Montréal – Marcel Côté
  • HAMIDA, Louai Indépendant
  • JOLY, Mélanie Vrai changement pour Montréal – Groupe Mélanie Joly
  • MATONDOT, Paunel Paterne Indépendant
  • SAURIOL, Clément Indépendant
  • SONOKPON, Kofi Indépendant
  • TULASNE, Patricia Indépendant
  • YOUNG, Joseph Indépendant

Je vous dirais qu’il n’est pas tellement évident d’avoir de l’information sur chacun d’entre-eux. Alors, je vous laisse les découvrir un tantinet en vous divertissant par Infoman! :

Sinon, quelques uns d’entre-eux sont décrits dans le Journal Métro. Bon, c’est ce que j’ai pu trouver.

Si un candidat vous intéresse, fouillez sur le net! Ça l’en voudrait sans doute la peine.

Du côté arrondissement, vous pouvez obtenir votre liste en sélectionnant votre arrondissement sur le menu qui défile sur le site d’Élection Montréal.

Après, ce sera à vous de trouver de l’information les concernant, parce que peut-être que votre journal de quartier n’en parle même pas! Ça nous démontre le grand intérêt qu’on y porte!

Au fait, si vous vous demandez ce que sont les rôles et responsabilités des instances, du maire d’arrondissement et de leurs conseillers selon leur district électoral, allez voir leur description sur le site des Affaires municipales.

Mon but principal ici n’était pas vous faire délaisser un candidat quelconque, mais bien de vous faire voir d’autres possibilités si vous vous sentez blasés comme moi j’ai pu l’être.

Finalement, ma propre opinion face aux changements dans le contexte actuel est que je crois que c’est en encourageant la diversité que nous pourrons créer quelque chose de nouveau au sein de notre quartier, notre arrondissement ou même, qui sait de notre ville. De toutes manières, en étant optimiste, pourrait-on faire pire? 😉

J’ai un peu de Chavez en moi

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(Ceci est un texte d’opinion)

chavez

 

En ce moment, plusieurs personnes se réjouissent de la mort d’un homme, car il n’avait pas les mêmes valeurs et la même idéologie politique qu’eux… Ça en dit beaucoup sur le genre de personnalité que peuvent avoir certaines personnes avares et très motivées à protéger ce qu’elles contrôlent. Alors, les banques, les multinationales et toute l’oligarchie mondiale ont trinqué au champagne hier soir, même les jambons brainwashés sont contents, mais pourquoi pensez-vous?

Parce qu’Hugo Chavez est mort, et ce mec est un sale socialiste, un écœurant qui a eu le culot de nationalisé les industries clés du Venezuela pour que les profits restent au pays, un criss de gauchiste qui à réduit la pauvreté de moitié et l’extrême pauvreté de 70%, il a dilapidé les fonds publics dans ses programmes de petit-déjeuner pour les écoles et il a doublé les allocations sociales pour les retraités et les handicapés, parce qu’il a monté le programme « vivienda » qui a pour objectif de construire 2 millions de nouveaux logements d’ici 2020, parce qu’il a réduit la dette publique, parce qu’il a plus que doublé le revenu moyen par habitant, parce que son pays est maintenant le moins inégalitaire d’Amérique du Sud selon l’indice de Gini, parce qu’il a fait passé la part du PIB consacré à l’éducation de 1,6 % à 4,3 % en 7 ans, parce qu’il ne laisse pas le champ libre aux multinationales pilleuse de ressources et ne leurs donnes pas l’impunité face aux désastres qu’elles causent. Je pourrais continuer, mais vous voyez ce que je veux dire. Évidemment, pour en arriver à un changement aussi rapide et drastique, il faut très certainement faire chier des gens, en particulier ceux positionnés dans les hautes sphères de la société (tsé ceux qui pop du champagne quand un gauchiste meurt).

Je ne peux certainement pas lui pardonner les méthodes dures qu’il a souvent employées pour arriver à ses fins, notamment au niveau de la liberté d’expression, mais ce n’est rien comparativement à toute cette violence à laquelle le Monde est habitué, une violence économique exercée en toute impunité puisque glorifié par un système qui fonctionne beaucoup mieux comme ça, cette violence on en parle pas, elle est justifiée… On reproche souvent le manque de colonne de la part des politiciens face à la puissance de l’argent, et bien Hugo il en avait toute une colonne, un peu trop parfois. Ça lui a valu le titre de « dictateur » et d’anti américain, d’anti Occident… Les autres voyous de l’économie mondialisée et standardisée se sont retrouvé ses alliés par défaut, Cuba et l’Iran, pour citer les plus célèbres, du bonbon pour ses détracteurs. Parait que c’est le prix à payer pour vouloir autre chose que l’américanisme comme mode de vie.

En fait, si l’on met dans une balance, d’un coté ses bons coups et de l’autre ses mauvais, on obtient un trébuchet assez puissant pour catapulter ses bêtises de l’autre bord du Golf du Mexique, rien de moins… Ce que Chavez a fait POUR son peuple est incommensurablement supérieur à ce qu’il a fait contre.

Chavez chiale haut et fort contre l’impérialisme américain et l’hégémonie économique qu’ils exercent sur le continent sud-américain, il dénonce fermement le FMI et la Banque Mondiale, il évoque même des doutes vis-à-vis des attentats du 11 septembre (it was an inside job). Mais son pire crime fut probablement d’avoir été un adepte de Noam Chomsky, parce qu’on sait bien que ceux-là peuvent être dangereux, ces gens-là peuvent même aller jusqu’à la désobéissance civile, voir même avoir un penchant anarchiste et ainsi déstabiliser la paix sociale, quel crime ignoble… Dénoncer le fait qu’une microscopique castre d’élite s’accaparent l’immense majorité des ressources planétaire est encore aujourd’hui considéré comme un crime réprimandable, comme à l’époque de Louis XVI, comme à l’époque des Pharaons, c’est juste les mots qui changent. De monarchie à oligarchie, pas tant de différences sur le fond, et en plus les deux finissent en « chié »…

Il est clair que lorsque que tu ne veux pas sauter à pied joins dans le néo-libéralisme mondial et qu’au contraire tu veux fonctionner en marge, et bien tu te fais des ennemis puissants, et puis le peu d’amis qu’il te reste seront eux aussi stigmatisé comme autant de démons à vaincre. Si cela fonctionne à l’échelle de la cour d’école, ça fonctionne aussi à l’échelle de la géopolitique globale…

Je n’ais pas toujours été d’accord sur la méthode, mais sur le fond, il avait bien raison ce Chavez. J’espère pour le peuple vénézuélien que son successeur saura lui rendre justice et pourra poursuivre cet odieux crime contre l’Humanité, c’est-à-dire de travailler pour le peuple et non pour les corporations comme le font les politiciens moelleux de chez nous. Basta!

 

Marcoantonio

Les neuf nations d’Amérique du Nord, un régionalisme

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Avez-vous déjà entendu parler du concept des « neuf nations d’Amérique du Nord »?

Les 9 nations d'Amérique selon Garreau

Les 9 nations d’Amérique selon Garreau

Il s’agit d’une thèse cogitée dans les années soixante-dix et publiée en 1981 par l’américain Joel Garreau dans laquelle il redéfinit les frontières du continent nord-américain en neuf entités distinctes et délimitées selon des particularités culturelles ou idéologiques plutôt que par des lignes arbitraires ou basées sur la topographie (The nine nations of North America). Bien qu’elle puisse paraître farfelue à première vue, cette thèse est intéressante au niveau du régionalisme, mais elle démontre également l’immense absurdité des frontières tracées par les empires. Joel Garreau dit ceci:

… « Considérez plutôt la façon dont l’Amérique du Nord fonctionne réellement. Vous découvrirez neuf nations, chacune ayant sa capitale et ses réseaux distincts de pouvoir et d’influence. Chacune a une économie qui lui est propre; chacune suscite un certain sentiment d’appartenance de la part de ses membres. Ces nations se distinguent les unes des autres par leur manière de sentir aussi bien que par leur résonance profonde et l’image qu’elles projettent. Chose plus importante encore, chaque nation a son prisme à travers lequel se forme sa vision du monde.»

 

En gros, ça va comme suit :

– Le Québec. Devrait-on inclure l’Acadie?

– Nouvelle-Angleterre. Des banlieues nord de New-York jusque dans les Maritimes.

– La fonderie. Du New-Jersey à Chicago et des Grands Lacs à Philadelphie, ancien berceau industriel des États-Unis.

– Dixie, ou « Bible belt ». Le vieux sud, le pays des Red-Neck.

– Les Îles. La pointe sud de la Floride, les Antilles et l’Amérique Central. Latinos!

– Mexamerica. Le sud de la Californie et les États frontalières du Mexique. Latinos!

– Le grenier à céréale. Les grandes plaines centrales, les ranchs et les grandes terres agricoles, du Texas à la Saskatchewan.

– Ecotopia, ou Cascadia. Du nord de la Californie en longeant la côte Pacifique jusqu’en Alaska.

– Zone vide. Pétrole, pétrole et pétrole, l’Arctique. (Je crois que l’Arctique pourrait être séparé de ça).

À part le Québec, la zone la mieux définie est selon moi celle de la côte ouest, car il est bien évident que Vancouver partage plus de similitudes et engendre plus d’échanges avec Seattle qu’avec Halifax, cette région est d’ailleurs bien avancé dans son régionalisme de par sa situation géographique nord-sud et entre mer et montagnes. Garreau la surnomme « Ecotopia », pour ses valeurs humaines et environnementales, mais on la connaît plutôt aujourd’hui sous le nom de « Cascadia », elle compte environ 15 millions d’habitants. Ils ont même un projet d’équipe nationale de soccer, c’est dire qu’ils sont plus avancés que le Québec sur certains points…

Drapeau cascadien

Drapeau cascadien

 

Le Québec

Le village d’Astérix au nord de l’Amérique est l’entité la plus confirmée dans la thèse de Garreau, à cause de sa langue et de son petit côté à l’européenne. Voici ce qu’il a à dire sur le Québec dans son ouvrage :

« Le Québec est la plus improbable, mais néanmoins la plus incontestable des neuf nations d’Amérique. » … « Quels sont les peuples qui survivront à troisième guerre mondiale? Les Chinois, parce qu’ils sont si nombreux, et les Québécois parce que s’ils ont survécu aux derniers quatre siècles, ils peuvent survivre à n’importe quoi. » … « C’est un lieu où les gens sentent qu’ils forment une nation. Pour ce qui est de la cuisine, de la musique, des valeurs, de l’éducation, des façons de penser, de la politique, les Québécois, conformément à leur grand slogan, Maîtres chez nous, sont en passe de devenirs maîtres de leur propre maison. » … « Il est clair comme un consommé pour les Québécois qu’ils sont différents du Canada et bien entendu des États-Unis et de la France. »

Bon, ça sonne un peu folklorique, mais c’a été écrit en 1981 par un américain pas trop spécialiste du Québec, reste que sur le fond il a raison.

Bref, je trouve qu’en général c’est quand même intéressant de voir l’Amérique sous un angle plus régionale, car cette réalité n’est pas souvent prise en compte au niveau décisionnel et politique. Et il ne faut surtout pas oublier que tout ça n’est pas immuable, bien au contraire, le tout évolue en fonction des flux migratoires et de la spécialisation des régions. Je pense qu’il faut tranquillement abandonner le concept de frontière et évoluer vers une ouverture des espaces et une intégration des réseaux, tout en conservant et en partageant nos particularités régionales, s’épanouir quoi… Vous en pensez quoi?

Parlant de stupidité des frontières; l’Afrique (dans un prochain billet).

 

Marcantoine

La bières Québécoise à l’assaut du terroir régional

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Si vous avez voyagé au Québec dernièrement, vous aurez peut-être constaté que les micro-brasseries sont de plus en plus nombreuses dans les villes et régions de la province. Sinon, une simple visite dans une épicerie ou un dépanneur suffira pour vous convaincre que les bières produites par les brasseries artisanales sont de plus en plus populaires et faciles à se procurer. C’est que nous assistons présentement à une véritable révolution dans le monde de la bière au Québec, c’est-à-dire que les consommateurs valorisent de plus en plus les brasseurs locaux aux dépens des grandes brasseries multinationales, au plus grand plaisir des communautés locales. Ce phénomène relativement récent se libéralise rapidement, tant en région qu’en ville, et il implique toute une série de pratiques et de méthodes liées au développement durable, à l’agriculture biologique, à la consommation locale et au tourisme.

La bière

La bière est vraisemblablement une des premières boissons alcoolisées produites par l’être humain. Son apparition remonterait aussi loin qu’au néolithique, soit à la même époque que les débuts de l’agriculture. Produite à partir de céréales qui fermentent dans l’eau, elle a probablement été découverte par erreur, puis la bière a accompagné la plupart des sociétés tout au long de l’histoire de par sa facilité de fabrication, ainsi que pour ses effets euphorisants. Si le vin fut considéré comme une boisson divine et principalement consommée par les riches, la bière fut plutôt la boisson du peuple, car plus accessible et moins cher à produire. La bière est aujourd’hui la boisson alcoolisée la plus consommée dans le Monde.

De la Nouvelle-France à aujourd’hui

C’est Louis Prud’homme, qui en 1642 est considéré comme le premier brasseur professionnel en Nouvelle-France, bien qu’il fût précédé par d’autres dans la fabrication de bière artisanale aux recettes approximatives. Que ce soit les Jésuites dans leur bar de Sillery, ou bien Louis Hébert, grâce à son matériel d’Apothicaire, tous produisaient de la bière à l’aide d’eau et d’ingrédients locaux, soit du levain, des épices ou de la racine d’épinette (eh oui, la bière d’épinette a déjà été une vraie bière). Un peu plus tard, en 1668, l’intendant Jean-Talon fonde la première brasserie à vocation commerciale dans la ville de Québec; malgré de grandes ambitions, celle-ci fermera ses portes une dizaine d’années plus tard. On attribue à la concurrence des cidres, vins et autres boissons alcoolisées importées d’Europe, le faible engouement de la population de la Nouvelle-France envers les brasseries locales.

Il faut attendre l’arrivée des Anglais et le début de l’industrialisation pour voir l’apparition de véritables brasseries commerciales. En effet, la brasserie la plus connue est sans aucun doute celle fondée en 1785, à Montréal, par le Britannique John Molson. Cette brasserie est devenue au fil du temps une icône majeur dans le paysage montréalais par son imposant bâtiment situé au Pied-du-Courant, mais aussi par son implication dans divers domaines, notamment dans le hockey. La brasserie Molson-Coors (les deux entreprises fusionnent en 2005) est aujourd’hui un des plus grands brasseurs et distributeurs de bière au Monde.

Le paysage brassicole québécois a donc été pendant longtemps monopolisé par essentiellement trois grandes brasseries industrielles, soit Molson, O’Keefe et Labatt. Ces trois brasseries contrôlaient jusqu’à la fin des années 1970, pas moins de 99,9 pour cent du marché de la bière au Québec. Par contre, à partir des années 1980, des brasseries artisanales ont vu le jour dans la province, celles-ci ont la particularité d’être proches de la communauté dans laquelle elles évoluent, mais aussi de présenter des produits plus raffinés, c’est-à-dire que les micro-brasseries annoncent en quelque sorte le retour du « gout véritable », en opposition au gout standardisé et fade que proposent les grandes brasseries.

Micro-brasserie contemporaine

Au Québec, l’apparition récente d’une multitude de micro-brasseries s’inscrit dans un contexte de valorisation des produits issus du terroir. C’est ainsi que depuis la fondation en 1982 de la première micro-brasserie moderne, soit la brasserie Massawippi de North-Hatley (Unibroue depuis 1990), le Québec en compte trente ans plus tard, quatre-vingt-quatre dispersée à travers la quasi-totalité des régions administratives de la province. Ce phénomène est lié à une volonté de la part des citoyens, que ce soit au niveau d’une région éloignée ou bien d’un quartier urbain, de se réapproprier la production des produits qu’ils consomment. En ce sens, les micro-brasseries jouent un rôle important dans le développement économique et culturel du milieu où elles prennent place, jusqu’à faire apparaitre un puissant sentiment d’appartenance des populations locales envers ceux-ci.

Selon les statistiques du Ministère du Développement économique, de l’innovation et de l’exportation (MDEIE), la part de marché des micro-brasseries québécoises se chiffrait, en 2010, à 6,7 % du marché de la bière. La part de marché des micro-brasseries est en constante évolution depuis les années 1980, mais elle est également en compétition avec l’augmentation de la popularité pour les bières importées. D’ailleurs, les grandes brasseries telles que sont Molson-Coors et Labatt, ont signifié leur volonté de contrer cette perte de terrain au profit des micro-brasseries en se portant acquéreur de moyennes brasseries qui sont déjà bien établies. En ce sens, la brasserie ontarienne Rickard’s a été racheté dernièrement par Molson-Coors, justement pour permettre à l’entreprise de réponde à ce créneau spécifique du marché. Malheureusement pour eux, l’amateur de bière est généralement un consommateur averti lorsque vient le temps d’acheter de la bière, il n’est donc pas évident de le berner.

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Consommation locale

La consommation locale, c’est d’abord un acte écologique, car cette pratique permet de consommer des produits plus frais ou de saison et dont les processus de transformations auront été réduits au minimum, en plus de réduire l’impact d’un transport sur de longues distances. De plus, les « locavores » permettent une continuité des pratiques et des savoirs inhérents aux habitants d’une région. Ce phénomène est observable dans presque toutes les sphères économiques qui concernent les produits alimentaires et cela s’inscrit dans un contexte social qui prône de plus en plus une consommation avertie de produits frais et locaux. Bref, il s’agit bel et bien d’une pratique cohérente qui va dans le sens d’un développement durable.

Les brasseurs artisanaux québécois l’ont bien compris, en s’assurant d’offrir des produits concoctés dans la plus pure tradition brassicole, utilisant les ingrédients qui les entourent, contribuant ainsi à l’essor des terroirs régionaux. L’eau constitue l’ingrédient principal dans la fabrication de la bière, le Québec est donc choyé puisque l’eau y est abondante sur le territoire. Par contre, lorsque vient le temps de se procurer du houblon, de l’orge ou du malt, les brasseurs doivent chercher un producteur dans leur région pour s’approvisionner. Toutefois, si une recette de bière implique l’utilisation d’une céréale aromatisée spécifique, par exemple un malt au Whisky, le brasseur devra se tourner vers l’Europe pour s’en procurer. Cependant, les brasseurs et les agriculteurs travaillent ensemble pour développer des collaborations à long terme qui permettraient de produire ces céréales rares ici même.

Dans sa communauté…

Pour être totalement imbriquée dans sa communauté, la micro-brasserie doit s’imprégner d’une identité régionale forte. Cette identité repose sur un sentiment et une culture régionale que l’on veut partager, soit un ensemble de connaissances et de compétences relatives à la région : spécialités culinaires, monuments, légendes, histoire, patrimoine naturel, etc. La brasserie se doit donc d’intégrer ces symboles dans la confection et la présentation de ses produits, mais aussi dans son image de marque. Le nom que l’on donne a une bière, son étiquette, les ingrédients qui la constituent, ainsi que l’ambiance dans laquelle elle est servie au client sont d’une importance capitale pour forger l’identité communautaire de la brasserie. Il ne faut surtout pas avoir peur de valoriser les caractéristiques régionales, voire même de favoriser un « exhibitionnisme régional ».

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Et maintenant…

Les vingt dernières années furent particulièrement intéressantes pour les amateurs de bière québécois, même si cela ne fait pas vraiment l’affaire des grandes brasseries industrielles, le phénomène des micro-brasseries aura eu pour effet de stimuler le marché de la bière et ainsi obliger les acteurs à peaufiner leurs produits et leur approche client. En favorisant les initiatives locales de développement régional, nous contribuons à valoriser les produits du terroir et nous assurerons une pérennité aux communautés locales et une autonomisation de leurs économies vis-à-vis des grands centres urbains. Donc, la valorisation du terroir et la promotion de la solidarité régionale, en évitant la folklorisation de la communauté, proposent des alternatives intéressantes à la mondialisation et la centralisation des économies. En ce sens, la micro-brasserie joue un rôle important dans la réalisation de cet idéal régional.

On s’en boit une? Quelle est votre micro-brasserie préférée?

Liste des micro-brasseries québécoises ici.

Répertoire des bière québécoise ici.

Marcantoine

Un pantin ou un autre, quessé ça va changer?

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Avertissement : les opinions exprimées sur ce blogue ne représentent pas nécessairement celles de tous les participants du Café des géographes, mais seulement celles de l’auteur du présent billet.

adbusters.org

Bon, Barack a été réélu, je vous vois déjà vous réjouir de ce résultat, moi aussi. Mais n’allez pas croire que cela va vraiment changer quelque chose. C’est certain que la situation aurait été pire advenant une victoire du Saint-Mormon Mitt-raciste-sexiste-créationniste-homophobe-redneck-conservateur-patriarcal-libertarien-individualiste-Romney, mais je vous le dits, la différence entre l’un ou l’autre de ces deux clowns au pouvoir, n’est en fait pas si grande. En fait, c’est comme si le Président américain était une marionnette qui a les mains liées. Ceux qui détiennent réellement le pouvoir sont bien cachés derrière le rideau du secret et ils se présentent sous plusieurs formes; banques, Cie pétrolières, Cie minières, Cie d’assurances, pharmaceutiques, complexe militaro-industriel, ou simplement de riches investisseurs comme l’est lui-même notre cher Mitt. Ceux-ci exercent leurs influences à grand coup de menaces ou de promesses quelconques sur la Banque Centrale, le Sénat et la Chambre des Représentants, voire sur tout l’entourage des partis politiques. L’État, et tout ce qui relève du « politique » sont totalement soumis à l’économisme triomphant, point barre.

 Quand le pillage devient un moyen d’existence pour un groupe d’hommes qui vit au sein de la société, ce groupe finit par créer pour lui-même un système juridique qui autorise le pillage et un code moral qui le glorifie. 

-Frédéric Bastiat

La classe moyenne (nous autres)

Le concept de « classe moyenne » est une anomalie dans la logique marchande capitaliste, apparu vers la fin du 19e siècle suite à une accumulation massive de richesse engendrée par le colonialisme et par une industrialisation rapide de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Avant ça, et depuis le début des civilisations (mettons depuis 7000 ans), le Monde n’avait connu que deux classes; les dirigeants et les exploités. La classe des exploités prenait diverses formes, esclaves, paysans, prolétaires faiblement payés, etc. Les dirigeants eux, ont toujours invoqué la bénédiction des Dieux ou un ordre divin quelconque pour asseoir leurs pouvoirs et asservir les peuples, qui ne se révoltaient que très peu, par peur, toujours la peur.

La montée du syndicalisme ainsi que la mise en place de nombreuses réformes sociales (particulièrement après la crise de 1929) ont permis l’avènement de cette classe moyenne, celle-ci représente aujourd’hui la majorité de la population des pays occidentaux. Cette « majorité silencieuse » comme nous nous amusons à la désigner chez nous, n’est ni pauvre ni riche, elle en a juste assez pour garder la tête hors de l’eau et se payer de petits luxes de temps à autre, un minimum raisonnable qui lui donne l’illusion d’être heureuse, assez pour qu’elle ne se révolte pas trop, mais trop peu pour lui permettre de s’épanouir complètement, car elle doit trimer dur en permanence pour conserver son standard de vie. Plusieurs mécanismes sont mis en œuvres pour la garder la plus docile possible, l’endettement en est le meilleur exemple. Les ploutocrates nous veulent endettés, comme ça ils s’assurent que nous allons travailler tous les matins, parce qu’on a des paiements à faire (c’est d’ailleurs l’argument le plus utilisé par les droitistes robotisés adeptes de leurs propres asservissements). On incite à la surconsommation d’objets de toutes sortes et d’aliments nauséabonds, on valorise l’apparence superficielle du corps, on nous gave de divertissements abrutissants et de publicités aliénantes et trompeuses, puis on nous régurgite en plein visage que l’économie va mal, alors qu’il va falloir se serrer la ceinture encore plus « tight » que la dernière fois, et ainsi de suite. Puis, par l’autre bord, on nous chie sur la tête en nous disant qu’il faut continuer de consommer en masse pour faire rouler l’économie et pour perpétuer cette croissance économique, ce qui en fin de compte est d’une impossibilité évidente. Nous sommes pris dans cette spirale infinie, nous sommes à la fois les producteurs et les clients, sans pour autant profiter à juste titre du miel de notre travail, puisque chez les grandes entreprises les profits engendrés sont presque totalement redistribués aux actionnaires. Là est l’injustice à l’origine des inégalités sociales, là nous mènes le libéralisme déchaîné.  On sert la même médecine aux peuples occidentaux que l’on sert aux pays du sud, soit un étranglement par l’endettement, en coalition avec les maîtres de la finance internationale (Banque Mondiale, FMI et OMC), et le pauvre est toujours démonisé comme un lâche et un fainéant qui n’a que lui à blâmer pour sa situation de merde.

Les gouvernements et les élites n’ont pas les moyens intellectuels d’expertiser l’effondrement en cours, ou bien l’aggravent par des comportements de caste, continuant à protéger leurs privilèges à court terme

-Jared Diamond

D’ailleurs, ces grandes entreprises dominatrices n’ont jamais cessé d’engendrer des profits toujours plus faramineux (je parle ici des grandes multinationales et surtout des banques). Mais qui profite le plus de ces profits gargantuesques? – Est-ce que ce sont les employés qui voient leurs revenus augmentés? Haha lol, non. – Est-ce que les profits sont réinvestis dans la recherche et le développement? En partie oui, les entreprises le font pour développer de nouvelles technologies, pour ouvrir de nouveaux marchés et pour soigner leur image, tout ça est légitime, mais il ne s’agit que d’une miette de ce qui est réellement engendré comme profit. – Est-ce que la majorité des profits vont directement dans les poches des actionnaires? Absolument, tu as tout compris, et c’est exactement ça le problème. Le seul et unique but d’une méga entreprise, c’est d’enrichir le plus possible ses actionnaires, c’est ça le jeu. Pas étonnant que depuis les trente dernières années, les riches se sont enrichis pendant que la classe moyenne n’a fait que stagner. Pour jouer au casino de Wall Street, il faut être riche en criss, et c’est en étant riche en criss que l’on devient riche en tabarnak.

Tant et aussi longtemps que le système fonctionnera dans une logique de croissance à tout prix et que ceux qui en profitent réussiront à conserver leur main mise sur les États et ses pratiques, l’Humanité restera un champ de bataille où règnent les inégalités sociales et l’injustice crasse. Pour nous, simples pions, il nous reste deux choix, soit on s’adapte et on participe à ce viol collectif pour notre intérêt personnel, soit on combat les forces qui nous écrasent… À nous d’écrire notre histoire.

Aujourd’hui la planète croule sous les richesses. (La Terre peut nourrir 12 milliards d’habitants). Autrement dit, l’infanticide, tel qu’il se pratique jour après jour, n’obéit plus à aucune nécessité. Les maîtres de l’empire de la honte organisent sciemment la rareté. Et celle-ci obéit à la logique de la maximalisation du profit.

-Jean Ziegler, ONU

Marcantoine

Sources:

Diktacratie

Pourquoi les pauvres votent à droite

Classe moyenne, la fin est proche. Sur Jobboom

L’anthropocène, l’ère géologique dont vous êtes les héros

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Aire d’intervention d’homo-sapiens

Normalement, nous sommes dans une ère géologique interglaciaire appelée holocène, celle-ci est en fait une période chaude qui suit la dernière glaciation du pléistocène, cet holocène a débuté il y a environ 14 000 ans. C’est un peu grâce à cet adoucissement du climat qu’homo-sapiens a proliféré un peu partout sur Terre et a ainsi fonder les premières civilisations, mais c’est la suite qui est intéressante…

L’Anthropocène (du Grecque anthropos « être humain ») est ce terme proposé en 2002 par le prix Nobel de chimie Paul Crutzen, pour désigner l’époque géologique actuelle et qui prend en compte les effets des activités humaines sur le système terrestre. Nous pouvons le constater en observant des activités comme; l’agriculture à grande échelle, la déforestation, l’urbanisation et l’étalement urbain, la surpêche, les activités minières, la pollution atmosphérique, l’acidification des océans et plusieurs autres, en plus des effets d’emballement qui sont provoqués par ces activités, comme la désertification et la fonte des glaces polaires. Bref, homo-sapiens est en train de rompre un équilibre naturel qui risque de mettre en péril sa propre survit, en ce sens, je n’ai aucun problème à le renommer homo-toxicus.

Welcome to beautiful Alberta!

Il y a en parallèle, une notion qui est globalement bien acceptée dans le monde scientifique, c’est celle que l’énorme perte de biodiversité animale et végétale causée par les activités humaines tout au long des 14 000 dernières années, constitue la sixième grande extinction depuis l’apparition de la vie sur Terre, il y a de ça 4,5 milliards d’années (l’extinction massive la plus connue étant celle des dinosaures, causé par un météorite gros comme Manhattan qui est tombé au Yucatan il y a 65 millions d’années). Par contre, l’idée d’Athropocène prend tout son sens avec l’avènement de l’industrialisation (Paul Crutzen en établi les débuts en 1784, année du brevet de la machine à vapeur, avec une accélération marqué depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale due à l’explosion de la consommation).

L’idée fait tranquillement son chemin dans la communauté scientifique par l’évidence de ses constats, mais elle rencontre évidemment une certaine réticence, car elle s’attaque directement au concept de « progrès » prôné par les disciples du néolibéralisme économique et à ses dogmes, comme l’est également le phénomène des changements climatiques et comme l’ont été par le passé la théorie de l’évolution et celle de la sphéricité de la Terre. Bref, les conservatismes religieux et économiques constitueront toujours un frein aux remises en question des pratiques humaines, en plus de me provoquer une prise de tête insensée.

L’Anthropocène est aussi connu sous le nom de Poubellien supérieur

Le concept d’Anthropocène rejoint également celui de la « Planètarisation », c’est-à-dire que l’Humanité vit présentement trois grandes mutations, une mutation environnementale, une mutation économique et sociale (inégalités croissantes et maitrise des pouvoirs entre les mains d’une élite de plus en plus restreinte), ainsi qu’une mutation anthropotechnologique (apparition du post-humain à travers les technologies numériques, robotiques, biologiques, génétiques et nanotechnologiques). Bref, c’est un suicide collectif que de laisser le développement de nos civilisations entre les mains d’intérêts privés qui ne recherchent que le profit absolu au détriment d’un bien commun, n’en déplaise à Éric Duhaime et autres putes du libre marché.

Comme j’aime toujours terminer sur une bonne note, il faut souligner que certaines personnes considèrent les bouleversements anthropiques, principalement le réchauffement climatique, comme étant positifs à long terme puisqu’ils retarderont l’arrivée de la prochaine glaciation, prévue dans environ 1500 ans. Ça c’est ce que j’appelle pensé à son prochain!

Les époques géologiques

La perle des Antilles, le retour

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Fred, mon bon chum d’enfance, est retourné en Haïti dernièrement, après 13 années d’absence. Je lui ai demandé de nous livrer ses impressions pour le Café des géographes, alors voilà.

Photo: Fred

Ça fait déjà deux bons mois que je suis de retour d’Haïti. Quand j’y pense, je me souviens de tous les détails comme si c’était hier. Les rencontres que j’ai faites, les paysages que j’ai vus et surtout me baigner dans la culture haïtienne.

En ce moment même je suis en train de déguster un café haïtien Rebo. Pour ceux qui ont eux la chance d’en goûter, vous savez de quoi je parle. C’est vraiment dommage, car Haïti était autrefois un des grands exportateurs de café mondial. Et que dire du rhum… Rien de mieux qu’une bouteille de rhum Barbancourt vieilli d’au moins 12 ans et de la savourer (on the rocks) en bonne compagnie. Je me suis assuré d’en ramener au Québec, j’ai deux bouteilles qui attendent juste de se faire ouvrir (tu penseras à moi Fred). Pendaison de crémaillère? Oh que oui! En attendant, quelques rhums haïtiens sont disponibles dans certaines succursales de la SAQ.

C’est un coup de chance si les usines brassicoles tournent encore aujourd’hui. Le séisme de janvier 2010 n’a rien épargné. L’épicentre était à 25 km de Port-au-Prince, plus précisément près de la ville de Léogane, celle-ci a été détruite à 90 %. J’y suis passé en allant vers le Sud et je dois avouer que je n’ai jamais rien vu de tel. Il n’a suffi que de quelques secondes pour anéantir plusieurs années de construction, d’investissement et de culture à zéro.

Mais je crois qu’avec tout ce qui vient de se passer, Haïti deviendra plus fort. D’après ce que mon père m’a dit, et je suis d’accord avec lui, Haïti a le président qu’il faut pour ce genre de situation. Un président proactif qui n’attend pas que les choses se fassent d’elles-mêmes. Je comprends aussi pourquoi le Palais National, l’emblème de la capitale, n’a pas été reconstruit en priorité : le peuple est la priorité.

Le pays est d’une beauté rare, je dois l’avouer. Anciennement la perle des  Antilles, je comprends pourquoi elle a hérité de ce nom. Je ne me considère pas comme un Globe Trotter, mais je dois dire que le paysage est aussi beau que ce que j’ai vu ailleurs dans le monde, comme lors de mon dernier voyage aux Pays Basques. Tu as beau prendre des milliers de photos, mais il faut aussi prendre la peine de regarder, de sentir, de s’arrêter un instant, et surtout de prendre des photos mentales, du moment vécu. Pour voir l’album photo de Fred: ici.

Ah le soleil! Un pays où il fait beau 350 jours par année! Tu parles d’un traitement de luminothérapie. Je me suis gâté. Je crois qu’Haïti serait un bon endroit pour exploiter l’énergie solaire. Un beau projet qui pourrait très bien fonctionner et permettre au pays de revenir en force par l’autosuffisance énergétique.

Photo: Fred

Il y a d’ailleurs un projet d’énergie solaire pour l’hôpital de Mirebalais, le plus grand hôpital universitaire public d’Haïti, qui devrait ouvrir prochainement. Voir ici.

Il faut faire un voyage comme ça une fois de temps en temps. Pour moi c’est Haïti, mère patrie, et je ne compte pas attendre un autre 13 ans pour y retourner. Je pensais peut-être une fois tous les 2 ans, où quand ma réserve de rhume et de café sera terminée… Ça risque d’être avant 2 ans. Bref, je dois absolument y retourner pour le carnaval, c’est un must!

Photo: Fred

Trop de projets… pas assez de temps. De retour à Montréal depuis déjà 2 mois. Haïti est loin, mais dans mon cœur elle occupe une grande place. Je lui ai même dédié un poème :

I set my sail

fly the wind it will take me

back to my home, sweet home

 

Lie on my back

clouds are making way for me

I’m coming home, sweet home

 

I see your star you left it burning for me

Mother, I’m here

 

Eyes open wide

feel your heart and it’s glowing

I’m welcome home, sweet home

 

I take your hand

now you’ll never be lonely

not when I’m home, sweet home

I see your star, you left it burning for me

Mother, I’m here

 

À la prochaine.

Fred X (mon blogue ici)

 

Pour une perspective laïque et féministe du monde (discours de Djemila Benhabib)

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Photo: Le Devoir

Lors de la dernière élection provinciale, Djemila Benhabib a été défaite de justesse dans la circonscription de Trois-Rivières, où elle se présentait sous la bannière du Parti Québécois. Je trouve dommage qu’elle n’ait pas été élue, car c’est une femme qui aurait apporté beaucoup à la société québécoise en tant que député, voire mieux, en tant que ministre. Je respecte énormément cette femme et j’espère vivement qu’elle poursuivra son aventure politique avec détermination. Le 8 octobre dernier, à Paris, Djemila s’est vu décerner le prix international de la laïcité 2012 pour l’ensemble de son implication dans le combat pour la sécularisation de l’État. En guise de félicitation, je partage ici l’intégralité du discours qu’elle a prononcé alors qu’elle recevait son prix. Je suis conscient que le sujet religieux est épineux à aborder, mais je considère que les discussions et les débats sont nécessaires dans ce domaine, même si cela agace profondément les partisans du déisme.

Bien évidemment et comme à l’habitude, les commentaires sont les bienvenues.

 

« Le dialogue n’est rien là où la dignité humaine n’est pas »

Pour une perspective laïque et féministe du monde

C’est à travers un regard de femme, celui d’une féministe laïque vivant en Amérique du Nord, fortement imprégnée des valeurs républicaines, ayant grandi en Algérie que je me propose d’aborder cette réflexion sur la laïcité qui est d’emblée, je le dis et je l’assume le fruit aussi bien d’un cheminement subjectif que d’une véritable analyse proprement factuelles marquée par mon vécu dans trois type de sociétés distinctes :
– nord-africaine, en Algérie ;
– européenne en France et
– nord-américaine au Québec
où les façons d’organiser les rapports entre l’Etat et la religion sont de nature différente.

En Algérie, l’islam est religion de l’État. Du coup, la source du droit peut devenir l’islam. C’est en effet le cas avec le code de la famille qui puise son principal référent dans la charia islamique. En France pays laïque et républicain, l’État est régi par une stricte séparation entre la sphère politique et religieuse. Et finalement le Québec, province assujettie à la Constitution canadienne et au multiculturalisme qui connaît un parcours singulier entre une volonté, du moins populaire, de s’affranchir du multiculturalisme, et une obligation institutionnel de se soumettre au jugement de la Cour suprême du Canada. Pari difficile compte tenu du fait que nulle part dans notre aménagement constitutionnel, le caractère laïc, séculier ou neutre de l’État, qu’il soit canadien ou québécois d’ailleurs, n’est proclamé ; avec ceci de particulier « la suprématie de Dieu » est évoquée dans le Préambule de la Charte canadienne des droits et libertés. Ce sont les juges qui, à la pièce, comme dans tous les pays anglo-saxons d’ailleurs, ont façonné la reconnaissance de fait du principe de la séparation de l’Église et de l’État.

Ces trois expériences nous démontrent clairement, à des degrés variés, bien évidemment, et sous des formes différentes, à quel point les velléités politiques sous couvert du religieux peuvent se mettre en marche à un moment ou un autre de l’histoire dans un pays quelconque pour entrer en concurrence avec l’ordre politique établi soit pour le fragiliser, l’ébranler voire carrément le remplacer pour changer le destin d’un pays, la nature même de son État et le devenir de son peuple.

  • Rappelons-nous de cette offensive islamiste qui s’est mise en place en Algérie au tout début des années 1990 pour faire de ce pays un État théocratique.
  • Rappelons-nous de ce bras de fer orchestré en 1989, en France, entre la République et des groupes islamistes à travers quelques élèves voilées qui n’avaient qu’un seul objectif celui de liquider l’héritage de l’école républicaine laïque.
  • Rappelons-nous de l’agitation de quelques chauds partisans de la charia au Canada pour remplacer les lois civiles par une justice d’abattoir lorsqu’il est question du droit familial ? L’idée des tribunaux islamiques qui avait fait son chemin à partir de 2004 a été abandonnée en raison d’une forte mobilisation. Pour combien de temps ? La question demeure entière. Pour rappel, ce projet a été validé par un certains nombre de personnalité de gauche, en premier lieu, l’ancienne ministre déléguée à la Condition féminine, Marion Boyd et au Québec, par Charles Taylor, co-président de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements dit raisonnables.

 Le multiculturalisme : un « multicommunautarisme » un « multiracisme » institutionnalisé

Ce n’est pas un hasard si c’est ce même intellectuel qui chapeaute l’école de pensée de la laïcité dite ouverte avec l’objectif de légitimer la présence du religieux dans les institutions publiques. Cette imposture intellectuelle qui consiste à multiconfessionnaliser l’espace civique vise ni plus ni moins à sabrer les acquis de cette formidable Révolution tranquille qui a mené le Québec, à partir des années 1960, à se moderniser et à sortir de l’emprise de l’église catholique.

Il va sans dire que le principe des accommodements soi-disant raisonnables a souvent tourné en un arbitrage entre la liberté religieuse et le principe d’égalité entre les femmes et les hommes qui est, en passant, un droit constitutionnel, nouvellement inscrit dans le préambule de la Charte des droits et libertés depuis 2008. Les tribunaux québécois et surtout canadiens donnent presque systématiquement préséance à la liberté de religion.

Les intégrismes religieux ont trouvé là une niche confortable qui leur a permis d’étendre leurs tentacules à travers une configuration sociale qui consiste à segmenter et fragmenter les sociétés en fonction d’appartenances ethniques et religieuses pour aboutir fatalement à l’effritement du lien social. J’entends et vous l’aurez deviné : cette aberration monumentale qu’est le multiculturalisme dont l’équivalent n’est autre que le « multicommunautarisme » c’est-à-dire un « multiracisme » institutionnalisé.

Ce vecteur de l’organisation sociale qui, a promu la différence en culte, a érigé la diversité en dogme et a noyé le culturel dans le cultuel (relatif au culte), considère que le meilleur moyen de favoriser l’intégration des populations issues de l’immigration est de les encourager à maintenir et perpétuer leurs propres structures culturels. Cette conception est devenue, par la force des choses, la mécanique la plus efficace à déconstruire le lien social, à désintégrer la société et a y a semé des pathologies incurables.

Quand les intégrismes religieux se nichent dans le multiculturalisme

Comment bâtir une société sans pour autant partager une langue commune, une culture commune, une histoire commune et un minimum de mémoire partagée ? Système pervers par définition, le multiculturalisme a ethnicisé les problèmes sociaux et politiques, a poussé les immigrants à se réfugier dans une identité exclusive préfabriquée d’appartenance d’origine.

Cette confrontation vient mettre à nu la nature profonde entre deux visions du monde antagoniques, l’une mettant l’individu et ses préoccupations au centre de la cité, faisant de lui un acteur de changement et l’autre mettant la Cité sous la tutelle de communautés assujetties chacune à son propre dieu, faisant de lui le régisseur de nos consciences et ouvrant la porte à une surenchère entre tous les Dieux possibles et inimaginables.

Cette prolifération des religions s’illustre notamment par un exemple évocateur, où les débats à Queen’s Park, le parlement provincial de l’Ontario, sont précédés chaque jour par la récitation intégrale de 8 prières ! En effet, depuis 2008, on a décidé de conserver le Notre Père et d’y ajouter d’autres prières : autochtone, bouddhiste, hindouiste, musulmane, juive, baha’ie et sikhe. Par comparaison, au Québec, depuis 1976, les travaux à l’Assemblée nationale débute par une minute de silence c’est-à-dire un moment de recueillement.

Même la secte des mormons en Colombie britannique défie le Code Criminel en revendiquant la polygamie au nom de leur liberté de religion. En 2010, deux polygames mormons, qui avaient respectivement 19 et 3 épouses, ont soutenu que la loi violait leur liberté de religion, ont décidé de contester l’article 293 du Code criminel devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique pour demander que la polygamie soit décriminalisée. Fait sidérant, croyez-le ou pas, les mormons prétendent que la polygamie est avantageuse pour les femmes. D’ailleurs, des universitaire femmes de l’université montréalaise de McGill sont venues appuyer leurs propos !

On devine à travers tous ces exemples, un lien évident entre les droits des femmes et la laïcité. Le féminisme ne s’inscrit pas dans le vide et ne prend pas racine dans le néant. Il se projette dans un espace temps bien défini dans lequel s’articulent toutes ces problématiques sociétales. Ces convulsions s’enracinent également dans un contexte international marqué par le retour du religieux aussi bien à l’échelle des pays pris individuellement qu’à l’échelle des institutions onusiennes.

Je réalise, jour après jour, le degré des préoccupations communes des citoyens du monde. Ici comme ailleurs, le débat est marqué par la présence d’éléments récurrents et de questionnements déterminant pour l’avenir : quelle étendue donner à la liberté religieuse ? Quel contenu donner à la laïcité, quels gestes poser face à l’exacerbation des particularismes et à la montée des communautarismes ? Quelles balises établir pour consolider le vivre ensemble ? Doit-on insuffler davantage de religieux dans le lien social pour gérer la diversité ? Une question qui nous préoccupe de part et d’autre de l’Atlantique : que faire avec le multiculturalisme ? Une autre interrogation relative aux soulèvements dans le monde arabe qui sont porteurs d’une aspiration réelle de changement démocratique mais pas seulement malheureusement, nous interpelle grandement. Sur quelle base organiser les solidarités ?

Les jihadistes ne sont que le prolongement des Frères musulmans

Au printemps de l’année 2012, j’ai vécu au rythme de l’Égypte et de la Tunisie. Je voulais aller à la rencontre de leurs peuples, sentir leurs fluctuations intérieures et capter leurs émotions ; sortir des dépêches de journaux ; saisir à chaud des réalités complexes et contradictoires ; humer l’air ambiant ; arrêter de vivre à distance les bouleversements historiques qu’a connus la région et surtout, être portée par ce souffle de liberté. J’ai eu l’impression que tout a changé sans toutefois avoir changé. Une chose est sûre : la laïcité et la place des femmes sont au cœur des débats. Plus encore, grâce au statut des femmes, on est à même de comprendre les configurations politiques postrévolutionnaires, de cerner les « blocages » qui crispent les sociétés arabes ainsi que les espoirs qui les animent. En d’autres mots, le statut des femmes a ce pouvoir incroyable de réveiller en chacun son coté un peu obscur ! Le sexe est une affaire politique et la sexualité une fixation qui occupe tous les esprits, celle des femmes est l’affaire de tous, son contrôle relève de la pathologie collective. Dans l’esprit des islamistes, la cause profonde de la régression et du sous-développement est l’absence de morale ou encore l’éloignement de la morale islamique. Bref, « Trop de sexe » a désaxé la Oumma !

L’islam de la Confrérie des frères musulmans a brimé le processus de sécularisation de l’islam qui était bel et bien en marche avec l’arrivée au pouvoir de Mustapha Kemal Atatürk dans les années 1920. Il a totalement noyé « l’islam ordinaire » en plus de paver la voie à l’islam djihadiste. Il ne fait aucun doute que les sanguinaires « djihadistes » ne sont que les dérivés d’autres brutes : les « Frères ». En déterrant le concept du djihad armé, ces derniers l’ont remis au goût du jour. C’est peu dire qu’entre les « Frères » et les « djihadistes » il n’y a guère de rupture. Les seconds ne sont que le prolongement des premiers. Prolongement naturel qui révèle une forme d’évolution logique dans les structures ainsi que dans les méthodes et une répartition tacite des rôles et des tâches. Entre les uns et les autres, nulle ambiguïté ne subsiste, le projet de société est le même : bâtir la oumma islamiya. Le modus operandi ainsi que la distribution du travail sont orientés vers un double objectif : faire plier l’Occident en le culpabilisant et maintenir l’Orient dans les ténèbres.

La question du terrorisme, intimement liée à celle de l’islam politique, ne pourra se dénouer sans lever le voile sur certains tabous inhérents à l’islam, dont la nature du texte coranique, son impact et sa portée ainsi que la place de la charia dans le corpus législatif. Cet enjeu place autant l’Occident face à ses contradictions que les musulmans face à leurs limites. Pour dépasser ces limites, il faudra inéluctablement s’affranchir du règne de « l’intouchable », de « l’indiscutable », de « l’islamophobie » et de la « stigmatisation ».

Ceci confirme au moins une chose, la nécessité d’arrêter le naufrage politique aussi bien de l’Orient que celui l’Occident et d’ouvrir un large débat, un débat éclairé et sincère qui jettera, sans doute, des ponts entre les deux versants.

Les noces islamo-gauchistes se célèbrent sur les cendres de l’Orient

Et nous, qu’en est-il de nous ? Sommes-nous réduits à n’être que de simples figurants ? Somme-nous devenus les spectateurs d’une désolation abominable qui ne dit pas encore son nom ? Par nous, j’entends des citoyens d’ici et là qui voyons un monde se défaire et des valeurs s’effilocher, peu à peu, sans pour autant être en mesure d’insuffler de véritables dynamiques de changement pour arrêter la progression de ce mal planétaire qui a quitté le Levant, sans nostalgie aucune, pour enjamber le siècle et se nicher au cœur de l’Occident. Que faire contre les Tartuffe de la polygamie et du voile islamique qui n’ont jamais été aussi exubérants et volubiles sous le dôme de la « tolérance » et de « la liberté religieuse » occidentales ? Que leur dire lorsqu’ils nous chantent, sans complexe, les louanges d’un islam fantasmé alors qu’il n’est que pure désolation d’un bout à l’autre de la planète ? Comment réagir lorsque l’arsenal des partisans du relativisme culturel, dans l’indifférence totale et obstinée du sort réservé à des millions de musulmans à travers le monde qui subissent les affres de l’islamisme dans leur chair, se met au service de cette idéologie totalitaire pour traiter de raciste et de xénophobe quiconque ose encore défendre les valeurs universelles ? Comment, quand et pourquoi cette alliance liberticide s’est-elle orchestrée ? Une chose est sûre, volant au secours de la barbarie islamiste, lâchant au passage les musulmans laïques et féministes, ces nouveaux potentats pétris de culpabilité coloniale ont décerné au fascisme vert les titres de noblesses que l’Histoire lui a toujours refusés. En confondant les bourreaux avec les victimes et en déguisant les fondamentalistes en progressistes, ils ne font que participer à la mise en échec des seconds. Les premiers peuvent s’en réjouir. Les brèches ouvertes par la vigilance défaillante de leurs nouveaux « camarades » ne sont pas prêtes à se refermer. Tout compte fait, qu’importe que l’islam politique sème le chaos et la mort sur une échelle infiniment plus grande ! Tant pis si ces nouvelles noces islamo-gauchistes se célèbrent sur les décombres et les cendres de l’Orient.

Je sais bien qu’en dépit de tout cela, certains nous disent : « C’est en intégrant les islamistes dans le processus démocratique qu’ils finiront par apprendre et comprendre les règles du jeu. » Pourquoi les peuples arabes seraient-ils tenus de réussir là où les peuples européens ont totalement échoué, c’est-à-dire à transformer des fascistes en démocrates ? Si cette possibilité en était réellement une, il aurait fallu la mettre en application lorsque Hitler, Mussolini et Franco se sont lancés dans leur course folle. Il aurait fallu « contenir » leurs ambitions et à terme, les rediriger dans le processus électoral. Rien de cela n’a même été envisagé. Comment ne comprend-on pas, à la lumière de l’expérience européenne, l’impossibilité d’associer des fascistes à l’organisation et à la gestion des affaires de la Cité ? Comment ne voit-on pas dans cette reconduction des fossoyeurs d’hier une insulte aux jeunes de la place Tahrir du Caire et une offense au sacrifice suprême du jeune vendeur ambulant tunisien Mohamed Bouazizi ? Comment accepter de réinjecter du Moyen Age dans des sociétés déjà trop entravées par la chape de plomb du religieux ? Qu’y a-t-il de si difficile à conjuguer liberté et arabité ?

Les femmes portent sur leurs dos le fardeau politique des compromis et des trahisons perpétuels

Ni le refoulement, ni l’amnésie ne permettent de tirer des leçons de l’Histoire. Seule la mémoire alimente le présent et pave la voie à un avenir garant du changement. Vous l’aurez deviné, je parle ici de l’Histoire européenne. Le vrai problème pour les Occidentaux n’est pas tant de relever les défis que pose la modernité à l’islam, mais de ne pas oublier leur propre histoire.

Des épisodes historiques fondateurs semblent se perdre dans les dédales de notre temps incertain et trop frileux. Qui se souvient encore de la terrible violence du combat contre le primat du religieux et de la fabuleuse révolution des Lumières ? Qui si non vous, chers amis, pour marteler à répétition ces quelques épisodes ? Comment ne pas penser que l’islam devra subir aussi cette épreuve décisive et essentielle ? Si nul ne peut prédire l’avenir, il faut au moins se souvenir de son passé.

Après avoir énoncé tous ces arguments, certains persistent dans leur aveuglement et insistent encore : « Pourquoi ne pas réessayer, encore une fois, de dialoguer avec les islamistes et de les intégrer dans la joute démocratique ? » Les vertus « du dialogue » seront toujours mises de l’avant comme si « le dialogue » était une fin en soi, une forme de moralité dont la transgression serait rédhibitoire. Le dialogue n’est rien là où la dignité n’est pas. Le dialogue alimente l’esprit de ceux qui y adhèrent sans a priori alors que, pour les islamistes, il n’est qu’une tactique temporaire pour asseoir leur hégémonie. Fatalement, les démocrates sortiront encore plus amochés qu’ils ne l’étaient de cette confrontation inégale avec les islamistes. Car il est bien là le problème, dans la répartition du fardeau de l’effort et des concessions. Dans le monde arabe et musulman, les femmes sont toujours appelées à en faire davantage. Encore un plus. Un petit chouiya. Elles portent sur leurs dos le fardeau politique des compromis et des trahisons perpétuels.

Lorsqu’on tiendra davantage compte des aspirations des femmes, des laïcs, des minorités linguistiques, religieuses et sexuelles, le dialogue deviendra effectif. Je reste convaincue que le progrès social implique nécessairement des ruptures significatives.

À quand un aggiornamento musulman ?

S’il ne fait aucun doute que la confession musulmane, en Occident, a droit à l’égalité devant la loi quant à l’exercice du culte, elle n’est pas égale au regard de l’histoire avec le christianisme. La reconnaissance de la liberté de pensée et de conscience est le principal défi des musulmans. Le règne de la censure, des assassinats et de la lapidation doit cesser. Les fatwas qui rendent sataniques les livres et les écrivains révolues. L’interdiction de penser et de débattre doit être levée. La dénégation de l’individu et l’apologie de la tribu doivent être dépassées. Bien qu’il y ait eu, qu’il y ait, et qu’il continuera à y avoir en son sein des courants rationalistes, l’islam ne s’est jamais vraiment réformé. Encore faudrait-il que l’on ose invoquer cette nécessaire réforme au lieu d’accepter l’islam tel qu’il se présente aujourd’hui, c’est-à-dire comme une fatalité, comme l’otage des islamistes.

Cette fatalité des musulmans, eux-mêmes la refusent, qu’ils soient croyants, laïques, agnostiques ou encore militants du rationalisme athée. Nous sommes nombreux à partager cette même conviction avec une certitude : on ne peut continuer de se tenir à l’écart du destin universel de l’humanité. Le chemin que nous poursuivons mènera un jour, fut-ce cent ans après notre mort, à l’affranchissement du règne de l’absolu. Pour l’heure, l’islam, gangrené par l’islamisme, ankylosé par des siècles d’une pensée dogmatique, attend toujours son médecin. À quand maintenant un aggiornamento musulman ?

Un projet commun pour la défense de la laïcité et des droits des femmes

Aujourd’hui, plus que jamais, je demeure convaincue que nous pouvons encore faire beaucoup dans ce monde embrumé et injuste pour transmettre et implanter une perspective véritablement humaniste, laïque et féministe. En réalité, tout est encore possible, pour autant que l’on comprenne les véritables enjeux et les dynamiques géopolitiques qui sous-tendent l’avènement et la progression de l’islam politique. En chacun de nous loge un espoir qui ne demande qu’à grandir. Cet espoir ne pourra prendre son envol sans votre engagement. Ce qu’il faudrait désormais, c’est moins un goût de révoltes individuelles qu’une volonté collective copernicienne. Il faut avant toute chose faire converger nos aspirations dans un projet commun pour la défense de la laïcité et des droits des femmes. En sommes-nous si loin ? Pour ma part, je reste convaincue qu’il n’est pas moins urgent aujourd’hui qu’il y a trois siècles de lutter contre les tentations obscurantistes, la bigoterie, la censure et le fanatisme. Les défis de ce début de siècle nous imposent une lucidité et un engagement encore plus grands que par le passé.

Grâce à l’entendue de la sympathie que vous m’exprimez, jour à jour, je suis apaisée. Une force tranquille m’habite, je suis surtout traversée par le sentiment que résister est un honneur parce que cet acte vous renvoie non seulement à votre propre existence mais aussi à celle des autres, à une existence plus collective, celle d’une humanité en mouvement qui s’enracine et se projette dans l’universel. Je suis consciente aussi que la sympathie que vous m’exprimez est un hommage rendu à tous ceux et celles qui, partagent le même combat que moi dans le monde arabe et musulman. Camus disait : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde, la mienne sait pourtant qu’elle ne le fera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. » Je peux dire la même chose de la mienne. Je marche résolument vers ce but, certaine d’avance de mes défaillances, sur un si long chemin. Certaine aussi de mes limites. Consciente que je ne suis pas grand-chose dans tout cela. Consciente aussi de l’urgence d’agir avec le même engagement, coûte que coûte, avec force, conviction et passion. Il me reste à vous faire la promesse de fidélité que je me fais à moi-même dans le silence, tous les soirs après avoir couché ma fille Frida de 7 ans, celle de ne jamais abandonner.

Petit journal « extime » des temps qui courent

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Montréal, 15 août 2012.

Voici une brève réflexion sur les principaux partis prenant part à la campagne électorale québécoise de 2012. Ce que je pense des partis en lice, ce qu’ils m’inspirent. Parce qu’il est important d’en parler, parce qu’on ne veut pas s’intéresser à la politique qu’une fois tous les quatre ans. Rendons la démocratie plus participative.

(Les opinions exprimées ici ne reflètent pas nécessairement celles du Café des Géographes, mais bien celles de l’auteur). On jase là!

 

Parti québécois (PQ) : étant donné que notre système électoral est mal foutu, le PQ s’avère donc être le choix logique en opposition aux Libéraux. Deux écoles de pensées s’affrontent sur ce point, chacune avance des arguments valables selon moi.

Le vote stratégique : l’idée selon laquelle la non-réélection des Libéraux est l’aspect le plus important pour cette élection 2012. Il ne faudrait donc pas voter pour un des partis progressistes, car de toute façon, ils n’ont aucune chance d’être élus. Alors, sommes-nous condamnés à perpétuellement alterner entre PLQ et PQ? La question se pose, et pose problème selon moi.

Le vote selon ses convictions : voir les choses sur le long terme en votant selon ses convictions peut, selon moi, finir par casser cette situation éternelle de bipartisme, car seul un parti autre que le PQ ou le PLQ pourra prôner une refonte du système électoral à un seul tour à la sauce british.

Le point positif de cette particularité, est qu’étant donné la participation au débat public de Québec solidaire (QS), Option nationale (ON) et le Parti vert du Québec (PVQ), le Parti québécois est amené à évoluer et à rebrasser ses idées afin d’éviter la dissolution du vote de gauche, l’équipe de Pauline Marois doit constamment travailler pour séduire cet électorat particulier dont je fais partie, et c’est bien ainsi.

À nous de choisir : http://pq.org/

Québec solidaire (QS) : le parti situé le plus à gauche sur l’échiquier politique (si on oublie le Parti communiste ou autres inepties pareilles). L’extrême gauche, c’est justement ce qui constitue leur désavantage, car monsieur et madame Toutlemonde n’aiment pas les extrêmes. QS est donc confiné aux quartiers centraux montréalais, là où vivent les marginaux, les progressistes, les artistes, les excentriques, les anticonformistes et autres spécimens issus de cette jolie minorité bruyante. Je crois que QS est malheureusement victime de sa réputation, malgré le fait qu’en réalité, il n’en soit pas ainsi. Le Québécois moyen, c’est-à-dire le banlieusard, associera encore longtemps Québec solidaire aux Anarchistes, aux Hippies et aux BS.

La plateforme vaut la peine d’être consultée : http://www.quebecsolidaire.net/

– Étant résident de la circonscription de Mercier, je vous annonce que je voterai probablement pour Amir Khadir, parce que j’aime bien le travail qu’il fait à l’Assemblée nationale et qu’il incarne ce vent de changement tant souhaité au Québec, même si mes convictions profondes se rapprochent plutôt d’Option nationale.

Parti libéral du Québec (PLQ) : clown de service, bullshit, corruption, collusion, enveloppes brunes, ti-n’amis, néolibéralisme, soumission à l’économisme, manigances électorales, État policier, violence, loi spéciale digne de Mussolini, etc. Bref, http://liberaux.net/

Coalition avenir Québec (CAQ) : Le programme de la CAQ n’est qu’un vulgaire copier/coller de celui du PLQ (d’inspirations conservatrices à la Harper), en plus d’être dirigé par une girouette quadripolaire… Un vote pour la CAQ est un vote pour le PLQ. Leur slogan incarne bien la stupidité de la chose : C’est assez, faut que ça change! Bin oui, c’est ça, changé pour… la même chose? Fughdat la CAQ!

Parti vert (PVQ) : La mission première de ce parti est de mettre à l’avant-plan la condition environnementale de notre milieu de vie en prônant un développement durable rigoureusement appliqué, d’ailleurs, leur slogan va comme suit :« Un vrai changement est un changement qui engendre une société différente, enthousiasmante et qui dure dans le temps. »

Contrairement à ce que l’on peut croire, le Parti vert ne concentre pas tous ses efforts uniquement sur l’environnement. En effet, leur plateforme est bien étoffée et j’apprécie particulièrement la prise de position qu’ils adoptent concernant l’éducation au Québec. Ils sont verts, mais pas en forme de carré…

Par ici pour consulter leur plateforme électorale : http://pvq.qc.ca/plateforme

Option nationale (ON) : carrément mon coup de cœur de cette campagne, les idées sont claires et concrètes, pas de blabla, que du vrai. Jean-Martin Aussant est un leader hors pair, rafraichissant et convaincant, je n’ai pas vu de politicien aussi passionnant depuis un certain… René! Une équipe du tonnerre, que dire de la pétillante Catherine Dorion dans Taschereau, qui peut débattre sans problème avec n’importe quel clown dominant la scène politique actuelle (voyez son débat ici, allez directement à la deuxième partie du vidéo).

Option nationale fait peur, mais ils n’apparaissent pas sur les écrans radars des grandes firmes de sondages, car l’électorat d’ON ne passe pas ses après-midi à la maison assis devant un vieux téléphone filaire. Le changement le voilà, et le changement est avenir.

Voir : http://www.optionnationale.org/la-plateforme

L’annulation du vote : bin oui bin oui, voter c’est se choisir un maître, mais moi je te dis : lève-toi et vote, ça te donnera le droit de chialer. Au moins votes pour le plus moins pire! http://www.monvote.qc.ca/fr/

 

Et vous, allez-vous voter? Si oui, pour qui? Pourquoi? Les commentaires et les critiques sont les bienvenus.

-Un merci particulier à la Brûlerie St-Denis de la rue Laurier et à son staff chaleureux pour m’avoir laissé passer l’après-midi en son antre, vous faites du criss de bon café.

Marcantoine

À l’ombre de Shawrest

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Photo: Marcantoine

(Témoignage de Rodrigue Michaud, nom fictif)

Il y a deux jours, alors qu’on regardait tranquillement une partie de l’Impact dans un « Broue pub quelconque », Marc-Antoine (nom fictif) m’a demandé pourquoi je n’écrivais pas un petit quelque chose pour le café des géographes. Ma réponse a été que je suis plutôt ordinaire dans le maniement de la plume et que je n’ai de toute façon pas grand-chose d’intéressant à dire. Mais voilà qu’aujourd’hui je rédige ce que vous lisez. Qu’est-ce qui s’est passé en 48 heures pour me faire changer d’idée? Je me suis assis dans une cafétéria… Je vais vous expliquer, mais avant, je vais devoir expliquer ma réflexion des dernières semaines.

Il y a quelques semaines, notre association étudiante a tenu un vote pour adhérer à la CLASSE. J’ai voté contre. Non pas parce que je suis pour la hausse des frais de scolarité, parce que sérieusement, c’est une idée de cave selon moi, mais parce que je ne comprenais pas l’intérêt d’être membre d’un organisme qui a été exclu des négociations avec le gouvernement en 2005. C’était aussi surtout parce que j’avais encore l’impression que la grève pouvait être évitée. Je regrette ce vote aujourd’hui. Non seulement la grève était inévitable, elle était essentielle.

Heureusement que j’ai voté pour la grève quelques semaines plus tard, sinon ce que je regretterais, c’est de ne pas avoir adhéré à un mouvement social important. Mais bon, je n’écris pas pour parler de moi, ce serait aussi inutile que d’espérer de la compassion de Jean Charest…

Nous avons tous vu ce qui s’est passé au cours des dernières semaines. Les étudiants font des demandes, offrent des solutions potentielles pour régler le problème de sous financement qui sert de justificatif à la hausse du gouvernement. Le gouvernement ignore tout ça. Les étudiants manifestent pacifiquement, souvent, font preuve de créativité. Ils sont en grand nombre, accompagnés de parents, professeurs, travailleurs. Le gouvernement ignore tout ça. Les justifications de leurs revendications sont publiées sur internet, dans les journaux, on en parle à la télé, à la radio. Elles sont analysées et appuyées par des professeurs, des scientifiques, des chroniqueurs, des experts de toutes sortes. Le gouvernement ignore tout ça. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me frustre.

Mais le fait d’être ignoré par le gouvernement n’est pas la pire chose qui est arrivée à ce mouvement étudiant, ce n’est pas la pire chose qui soit arrivée pour notre société. Ce qui est le pire, c’est la judiciarisation du conflit. Qu’un de nos gouvernements ignore une partie de la population pour satisfaire son électorat, ce n’est malheureusement rien de nouveau. Que des personnes traversent un piquet de grève non plus, que ce soit lors d’un conflit de travail ou d’une grève politique comme celle que nous vivons. Par contre, il est moins courant que des égoïstes puissent profiter de leurs ressources pour obtenir, auprès de juges pas toujours clean, une bénédiction pour franchir ces piquets. Ça, le gouvernement ne l’ignore pas. Que des institutions devant servir la population se servent de ces mêmes tribunaux pour obtenir des décisions similaires en espérant tuer un mouvement qui ne les avantage pas, ce n’est pas courant non plus au Québec (bien que ça commence à l’être!). Toutes ces magouilles, le gouvernement ne les ignore pas. Bin nous non plus câlisse.

Hier matin, moins de douze petites heures après avoir dit que je n’écrirais pas sur ce blogue, j’ai pris l’autobus en direction de Gatineau. Suite à la diffusion d’une vidéo montrant un groupe d’étudiants, de professeurs et d’autres alliés du mouvement se faire cerner par des policiers lors d’une manifestation pacifique, un groupe a eu l’idée d’aller les supporter là-bas dans leur lutte pour montrer à quel point nous apprécions leur effort. J’ai aimé l’idée et j’ai participé. Ils nous ont accueillis en héros. Des étudiants qui se sont barricadés dans leur institution pour faire respecter une décision prise démocratiquement nous ont accueillis en sauveurs. Des professeurs qui ont bravé les policiers en formant une chaîne humaine pour protéger ces étudiants nous ont accueillis en héros. Des gens qui se battent pour la justice nous ont accueillis en héros parce que nous les avons simplement appuyés. Il y a quelque chose qui n’est pas normal là-dedans…

Nous avons pu goûter à leur vie des derniers jours pendant quelques jours. Je n’en parlerai pas trop parce que beaucoup l’ont déjà fait. Par contre, je veux dire que j’ai vu à Gatineau quelques-uns des gens les plus courageux et les plus pacifiques que j’ai pu côtoyer dans ma vie. Oui, il y a eu des débordements, mais ils n’ont jamais été assez importants pour justifier le matraquage SUR LE CRÂNE de deux étudiants. Ils n’ont jamais été assez importants pour justifier l’arrestation de 150 personnes. Ils ont de toute façon été causés par des fauteurs de merde qui ont fui les lieux. Le seul « crime » qu’on peut reprocher à tous ceux qui étaient là, c’est celui de refuser un monde injuste. Ça et d’avoir trouvé une porte ouverte et de s’être assis pour discuter dans une cafétéria. Faut croire qu’on n’est pas les seuls, des arrestations d’étudiants et de partisans de la cause ont eu lieu un peu partout au Québec hier dans des circonstances similaires.

Donc, c’est dans cette cafétéria que j’ai pris la décision d’écrire ces lignes. Parce que comme toutes ces personnes, j’en ai marre et que je veux le crier. On en a marre des magouilles. On en a marre des inégalités. On en a marre de voir les plus faibles se faire taper dessus et devoir dire merci. On n’a pas fini.

Ce n’est pas une arrestation qui va nous faire plier! Grève générale illimitée!

Je devais finir avec ça, mais la police de Montréal a reçu l’ordre de protéger les gros bonnets réunis au lunch de John James Charest ce midi. La colère a monté. La violence aussi. Et Johny Boy a décidé de faire des jokes pendant que des humains se tapaient dessus à cause de ses idées. J’ai donc décidé de finir mon texte avec une suggestion pour le premier sinistre : va donc chier.

L’auteur étudie en géographie environnementale à l’Université de Montréal.